Nature et Patrimoine de Moissat

L'époque monarchique

 

VI - L’EPOQUE MONARCHIQUE

 

L’époque féodale fut suivie de l’époque monarchique, l’autorité des seigneurs cédant devant le pouvoir royal et, petit à petit, s’établissant l’unité nationale. Cette période fut d’abord marquée par un temps de tranquillité relative sous les règnes de Louis XI (1461), de Charles VIII, de Louis XII et de François Ier qui réunit à la couronne, le Dauphiné et le duché d’ Auvergne devenant ainsi le maître de la plus grande partie de cette province en 1532.

Cet état de choses dura environ un siècle ; ensuite s’ouvrit une ère malheureuse pendant laquelle les Français, divisés en deux camps, s’affrontèrent en une guerre sauvage, triste temps où villes et villages, prenant parti les uns pour les catholiques, les autres pour les protestants, se combattirent entre eux.

Cette guerre intestine où la question religieuse fut souvent un prétexte destiné à masquer des ambitions politiques, fut très violente en Auvergne et l’occasion nous a été donnée de dire que la région où se trouve Moissat fut le théâtre de sanglants combats. L’on se battit dans les rues de Lezoux et près de Médagues où vingt cinq habitants de Beauregard trouvèrent la mort (1590). Leurs noms sont inscrits sur les registres paroissiaux de cette époque.

Il n’est pas douteux que les gens de Moissat eurent à souffrir de ces violences dans leurs personnes et dans leurs biens ; mais lorsqu’un peu de repos et de protection leur fut donné, ils se remirent courageusement à l’ouvrage. C’est ce qui sans nul doute, se produisit pendant les années de l’administration Sully, digne ministre de Henri IV qui permirent aux cultivateurs de panser leurs meurtrissures et de rouvrir la terre aux semences avec sécurité. Travailler en sûreté, telle a toujours été la noble ambition du paysan français. Alors s’épanouissent les qualités de la race et se renouvelle le phénomène par lequel la terre se couvre encore de moissons et se développe la propriété individuelle. « Mystère étrange dit Michelet, il faut que cet homme (le paysan) ait un trésor caché… Et il en a un en effet : le travail persistant, la sobriété. Dieu semble avoir donné pour patrimoine à cette indestructible race le don de travailler, de combattre au besoin sans manger, de vivre d’espérance, de gaîté courageuse. »

L’abjuration d’Henri IV, son élévation au trône peuvent être consirérées comme mettant fin aux guerres de religion. Si celles-ci étaient finies « officiellement », il n’en résultait pas moins que le pays était fort troublé sous le règne réparateur d’Henri IV.

Dans une province d’accès aussi difficile que l’Auvergne, l’autorité avait beaucoup de peine à pénétrer et les seigneurs des formidables forteresses qui la couvraient faisaient montre d’une indépendance par trop grande. Il est bien difficile de se représenter ce qu’était autrefois la vie dans ces provinces.

Même au début du règne de Louis XIV, on ne voyageait pas en sûreté. A quelques kilomètres de Moissat, à Pont du Château, habitait le vicomte de Canillac, véritable chef de brigands que l’on appelait l’Homme aux douze apôtres parce qu’il entretenait douze scélérats prêts pour tous les crimes.

Ces malandrins avaient à proximité, un endroit propice à leurs méfaits. Le pont sur l’Allier , à Pont du château , ne date que de 1735 ; de temps immémorial, le passage de la rivière était asssuré par les bâteliers de Saint Aventin. Postés sur les rives, les apôtres avaient beau jeu pour rançonner les voyageurs.

Sur la demande du juriste Consult Domat, Louis XIV ordonna en 1665, une séance ambulatoire du Parlement que l’on appelait les Grands Jours.

Les juges jugeaient en dernier ressort de toute matière criminelle et en matières civiles jusqu’à concurrence de 600 livres de rente et 1000 livres en capital.

Le vicomte de Canillac, nous dit Fléchier, fut jugé le 23 octobre 1665 et éxécuté quatre heures après, sur les cinq à six heures du soir, sur une place qui est devant la cathédrale.

La royauté ne se sépara pas brusquement de la féodalité, les rois laissant subsister plus ou moins longtemps les institutions féodales qu’ils jugeaient utiles ou qu’ils n’étaient pas en mesure de remplacer.

Ainsi, le roi enleva au seigneur la souveraineté sur ses terres en lui laissant la propriété avec les droits féodaux qui y étaient attachés et qui seront de plus en plus odieux à mesure qu’on s’éloignera davantage de l’époque féodale.

L’œuvre de centralisation s’accentuera pendant le règne de Louis XIII, sous le gouvernement de Richelieu qui, à côté des seigneurs, plaça des intendants, hauts fonctionnaires chargés de veiller à l’administration de la justice, de la police et des finances.

La démolition des châteaux forts fut une des mesures prises par le célèbre Cardinal, pour diminuer la puissance des seigneurs et fortifier le pouvoir central (1626). Il tint à se renseigner par lui-même des dispositions de certaines provinces relativement à l’éxécution de son projet. A cet effet, il traversa l’Auvergne en 1629 s’arrêtant à Issoire et à Clermont. Venant par la vallée de l’Allier, il put remarquer en passant plusieurs châteaux importants et décider de leur sort.

Quoi qu’il en soit, les gens de Moissat purent voir, en 1634, du haut de la belle vue, s’écrouler sous la pioche des démolisseurs, les murailles et les tours du château de Vertaizon.

Furent également rasés de la région, les château de Vodable, d’Usson, de Murol, de Mercurol, de Mauzun, de Nonette, etc…en tout une quinzaine, afin, dit l’ordonnance royale, « que les factieux ne se puissent prévaloir des dites places pour troubler le repos et la tranquillité. »

Le fort de Moissat fut épargné parce que sans doute de moindre valeur militaire. Plus puissant était en effet celui de Vertaizon, comme il ressort des rapports de deux visites faites en 1622 et 1625, par ordre de l’évêque Joachim d’Estaing et aussi de l’inventaire effectué par l’intendant d’Argenson, à la suite du décret royal de démolition. Il était composé de deux enceintes, la première haute seulement d’une toise avec douze tourelles, la seconde faite de fort hautes murailles flanquées aux coins et au milieu de sept grosses tours dont plusieurs portaient des noms particuliers:la tour du Capitaine, la tour Lancelot, la tour Rouquiouze. Il y avait aussi la tour Bessonne, tour double qui constituait la principale entrée du donjon. Dans la seconde enceinte se trouvait également la chapelle et une citerne.

Il est intéressant de savoir si le renforcement du pouvoir royal opéré par Richelieu aux dépens de la puissance seigneuriale fut avantageux aux paysans de la Basse-Auvergne et plus spécialement de la Limagne et par conséquent de Moissat.

Le nouvel état de choses qui mit fin aux luttes des seigneurs entre eux et entre ceux-ci et le roi assura certainement à nos aïeux plus de tranquillité et de sécurité, mais il est moins certain que leur situation économique n’en fut guère modifiée. Il faut même dire qu’elle en fut aggravée.

Aux charges déjà existantes vient s’ajouter l’impôt royal et les tailles s’élèveront dans une progression continue pour faire face aux dépenses nécessités par l’organisation du royaume et la guerre devenue inévitable avec la maison d’Autriche qui tendait à l’asservissement de l’Europe.

Le commerce étant peu développé et l’industrie encore naissante, le fisc s’acharnera sur le travailleur et le propriétaire terriens qui constituent la classe la plus nombreuse de la nation.

Le ministère de Colbert (1661-1679) fut cependant un temps de détente qui permit au paysan de reprendre courage. Ce grand Ministre tenait pour maxime que l’aisance des gens du peuple est la base la plus solide des richesses du souverain. Autant que possible, il réalisa son principe par un dégrèvement important des impôts, par les débouchés qu’il ouvrit à la production, par l’ordre sévère apporté à l’administration provinciale. Mais Colbert passa et aussi son œuvre.

Dans les dernières années du XVIIème siècle jusqu’à la veille de la Révolution, il y eut un appauvrissement continu dans les provinces françaises; l’incessante augmentation des impôts portant toujours presque exclusivement sur la classe paysanne.

La pénible situation du paysan de Limagne aux XVIIème et XVIIIème siècles ressort de nombreux documents de l’époque, par exemple, des mémoires des intendants d’Ormesson et Ballainvilier. Elle est surtout très explicitement exposée dans une supplique de Massillon au chancelier Fleury. Dans cette requête adressée de Beauregard (1740), l’Evêque de Clermont fait un tableau très sombre de la condition matérielle de ses diocésains, adjurant le cardinal ministre d’alléger leurs charges.

 



21/12/2012
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