Nature et Patrimoine de Moissat

Les famines de 1693-1694 et de 1709 à Moissat

   

LES FAMINES DE 1693-1694 ET DE 1709

 

A MOISSAT

A l'approche de la fin du règne de Louis XVI (mort en 1715) le Royaume de France fut éprouvé par deux graves famines. La première en 1693-94, fut provoquée, après des années déjà difficiles, par un hiver 1693-94 très rigoureux suivi d'un printemps très pluvieux. Elle fit, sur une population totale estimée à 20 millions de personnes, 1500 000 morts (d'autres études disent 1700 000], soit plus que la population actuelle des 4 départements de la région Auvergne. La 2ème en 1709, provoquée par un mois de janvier glacial suivi d'un été particulièrement pluvieux, entraîna la mort de 600 000 personnes soit à peu près la population du Puy-de-Dôme actuel.

Que se passa-t-il à Moissat ? Les registres paroissiaux donnant baptêmes, mariages et sépultures témoignent, surtout ces derniers.

1693-1694

Pendant la période 1686 à 1691, précédant la crise, la moyenne du nombre des décès est de 23 par année. Puis on enregistre 48 décès en 1692, preuve d'un état de difficultés déjà cette année-là, puis 50 en 1693 et 160 en 1694 ! (60 à St Rémy d'Espezen et exactement 100 à St Pierre de Moissat). Les actes sont très laconiques et tassés, comme pour économiser le papier.

Les premiers six mois de 1694 sont particulièrement dramatiques : 23 décès en janvier, 13 en février, 26 en mars, 21 en avril, 26 à nouveau en mai et 22 en juin. Un acte relevé à Ravel, qui m'a fait dresser les cheveux sur la tête, illustre bien la panique régnant cette année là. Le voici avec son orthographe : «Jeorge B peigneur de champvre du vilage de la morille est décédé avec un de ses en/ans quon amis dans une même bièrre ce 26 dudit mois » (avril 1694) !...

Puis les choses se calment quelque peu, les récoltes, même faibles, venant au secours des rescapés : 6 décès en juillet, 11 en août, 4 en septembre, octobre et novembre et 0 en décembre.

Combien a-t-on eu de décès en réalité ?

Une analyse des registres de sépultures de cette funeste année 1694 permet de voir que le prêtre de St Rémy enregistre 18 décès d'enfants sur les 60 en tout, c'est-à-dire 18 enfants pour 42 adultes. Celui de St Pierre n'inscrit pas les décès d'enfants (dans ces années là, les prescriptions demandant d'inscrire ces décès d'enfants sont diversement suivies par les prêtres, on en a la confirmation ici). Les 100 décès de St Pierre sont uniquement des adultes. Si la proportion enfants/adultes est la même dans cette paroisse, il faut rajouter 42 enfants, ce qui donnerait un total de 202 décès pour les 2 paroisses réunies. C'est époustouflant !

Cette crise a-t-elle une influence sur le nombre de naissances ?

Pendant la période 1686 à 1691, précédant la crise, la moyenne du nombre des baptêmes, donc de naissances, est de 53 par année. Puis on n'en a que 19 en 1692, ce qui confirme les difficultés révélées ci-dessus par les décès de cette année. On a 36 baptêmes en 1693,13 en 1694, en pleine crise, 21 en 1695. Le contrecoup de cette famine continue en 1696 (23 baptêmes) et 1697 (28 b.). Il faut attendre l'année 1698 (47 b.), soit 4 ans pour surmonter la catastrophe.

 

 

1709

Reprenons le même raisonnement que pour la famine précédente. La moyenne du nombre de décès par année pour la période 1700 à 1708 est de 26. L'année suivante, 1709, voit 75 décès (29 à St Rémy d'Espezen et 46 à St Pierre de Moissat), y compris des enfants dans les 2 paroisses, soit près du triple de 26. Par mois la répartition n'est pas la même que pour 1694 : 6 en janvier, 7 en février et mars, 5 en avril, 2 en mai, 3 en juin, 4 en juillet, 2 en août, 5 en septembre, puis 14 en octobre, 5 en novembre et 15 en décembre. La crise aiguë se place en fin d'année, c'est-à-dire après l'été désastreusement humide, puisque les 3 derniers mois cumulent 34 décès, soit près de la moitié du bilan total de l'année. L'année suivante, 1710, subit un contrecoup puisqu'on enregistre 41 décès. Ensuite on passe le cap, avec 20 décès en 1711 et 24 en 1712.

Comment évoluent les naissances dans la période de 1700 à 1712 ?

La moyenne du nombre de baptêmes par année pour la période 1700 à 1708 est de 51. La baisse n'est pas très marquée en 1709 puisque la crise survient en fin d'année (37 baptêmes). Par contre 1710 en subit les conséquences avec 17 baptêmes. En 1711 c'est le retour à la « normale », ou presque, avec 35 baptêmes. L'année 1712 confirme avec 49 baptêmes.

La comparaison des 2 famines est aisée. Celle de 1709 apparaît bien moins importante que celle de 1693-94 par son ampleur au point de vue pertes humaines et par sa durée : 2 années de trouble (1709 et 1710) contre 6 années (1692 à 1697 incluses). Mais imaginez 75 décès dans une année au XXIème siècle, ce serait une immense catastrophe, alors 200 !...

MJ



07/05/2012
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